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"Leçon : la Bulgarie"… à l’école bulgare "Zdravey" à Skopje

Les élèves de l’école bulgare "Zdravey" à Skopje découvrent les anciennes capitales bulgares

jeudi, 5 mars 2026, 14:30

"Leçon : la Bulgarie"… à l’école bulgare "Zdravey" à Skopje

PHOTO : École bulgare "Zdravey" à Skopje

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"Zdravey !" – c’est souvent par ce mot simple et sincère que les Bulgares s’abordent. En macédonien, on dit "Zdravo !" Les langues se ressemblent, les peuples sont voisins, une frontière d’État les sépare – et pourtant, ces dernières années ont parfois creusé un fossé humain fait d’incidents et de méfiances.

Aujourd’hui, cependant, une main se tend. Et ce geste prend la forme d’une « Leçon sur la Bulgarie » singulière et profondément émouvante, donnée par les élèves de l’École bulgare "Zdravey" – Académie d’éducation innovante à Skopje – et par sa directrice, Iliana Atanassova.

Seul établissement bulgare actuellement en activité dans ce pays voisin du sud-ouest, l’école a été fondée en 2017, bien que son histoire ait commencé quelques années plus tôt. À l’origine : le désir très personnel de plusieurs mères bulgares d’apprendre à leurs enfants à dire "Zdravey !" à la Bulgarie à transformer leurs racines en force plutôt qu’en talon d’Achille. Parmi elles, Iliana Atanassova. Soixante-quinze ans après la fermeture de la dernière école bulgare dans le pays, elle fait de la création d’un nouvel établissement au cœur de la Macédoine du Nord une mission de vie.

PHOTO : Facebook /École bulgare "Zdravey"

"Le motif personnel et le désir immense que nos enfants apprennent à lire et à écrire, qu’ils s’instruisent dans leur langue maternelle, sont à la base de la création de l’école du dimanche à Skopje", affirme-t-elle avec la détermination tranquille de ceux qui ne doutent plus de leur choix.

Rien n’a été simple. Le lien d’Iliana Atanasova avec le pays est, selon ses propres mots, "romantique et personnel". Tout commence il y a vingt-cinq ans à l’Université du Sud-Ouest Neofit Rilski, à Blagoevgrad, et par une histoire d’amour – une "histoire censée être brève" – qui finit par diviser sa vie entre "là-bas" et "ici". Économiste de formation, longtemps active dans le secteur privé, elle vit depuis deux décennies à Skopje avec sa famille.

À ceux qui s’étonnent qu’une non-spécialiste ait osé fonder une école bulgare dans un environnement où la Bulgarie n’est pas toujours perçue avec bienveillance, elle répond :

PHOTO : Facebook /École bulgare "Zdravey"

"Pour aimer la Bulgarie et connaître ses traditions, nul besoin d’une formation spécifique.C’est inscrit dans nos gènes, dans notre sang. Oui, il est difficile, en tant que non-spécialiste, de se lancer dans une telle entreprise, beaucoup de choses ne sont pas claires au départ. Mais rien n’est impossible : lorsqu’on veut vraiment accomplir quelque chose, on y parvient."

Aujourd’hui, l’école accueille des élèves du CP à la terminale, ainsi qu’un groupe préscolaire pour les enfants de 4 à 6 ans, fierté particulière de l’équipe. L’Académie d’éducation innovante prépare également les candidats aux universités bulgares : plus d’une centaine d’élèves suivent chaque année un cursus préparatoire. Médecine, odontologie, pharmacie, technologies de l’information, arts – notamment à l’Académie nationale de musique Prof. Pantcho Vladigerov et à l’Académie nationale des arts du spectacle "Krastyo Sarafov" – figurent parmi les filières les plus prisées. Le taux de réussite dépasse 80 %.

PHOTO : Facebook /École bulgare "Zdravey"

Mais le contexte reste délicat. Les tensions des dernières années, les attaques contre des Bulgares et les dégradations de centres culturels ont laissé des traces. Même après l’acceptation de la proposition française ouvrant la voie aux négociations d’adhésion à l’UE, un recul des candidatures vers la Bulgarie a été observé.

Comment enseigne-t-on l’identité bulgare dans un tel climat ?

PHOTO : Facebook /École bulgare "Zdravey"

"Ce n’est pas facile, je ne vais pas vous mentir. Nous sommes confrontés quotidiennement à des discours de haine. Ce n’est vraiment pas agréable. Nous avons constaté un léger recul des inscriptions. Ici, apprendre le bulgare n’est pas comparable à n’importe quel autre pays d’Europe. Je l’explique par l’ignorance, et aussi par un véritable blackout informationnel : les faits ne circulent pas, seulement des fragments d’informations, ce qui nourrit la haine et parfois les agressions physiques."

Pour Iliana Atanassova, l’éducation, la connaissance de l’autre, l’esprit critique face à l’information et l’environnement familial sont les fondements pour former de véritables Européens.

En 2025, l’école est sélectionnée dans le cadre du programme national bulgare "La Bulgarie – itinéraires éducatifs" pour réaliser le parcours "Les anciennes capitales bulgares". Quarante élèves, du primaire au lycée, y participent.

"Du 17 au 21 juin 2025, nous avons suivi l’itinéraire éducatif “Les anciennes capitales bulgares”, qui nous a conduits sur les traces de l’histoire, de la culture et de la spiritualité bulgares. De Sofia à Pliska, puis à Veliko Tarnovo et à Etar. Ce voyage fut une véritable immersion dans le passé, une rencontre avec la grandeur des premières capitales et le souvenir des tsars érudits et bâtisseurs de l’esprit", raconte Viktor Vasilevski, élève de cinquième.

PHOTO : "École bulgare "Zdravey" à Skopje

"Il est essentiel que les enfants ressentent la Bulgarie. Qu’elle ne soit pas une notion abstraite, ni seulement la maison ou l’appartement des grands-parents. Ils doivent voir ce qu’ils apprennent et le vivre. Les enfants ont vécu la Bulgarie !"

PHOTO : École bulgare "Zdravey" à Skopje

Viktor garde un souvenir particulier de la forteresse de Tsarevets, à Veliko Tarnovo : "L’un de mes endroits préférés a été la forteresse de Tsarevets. Les rois et reines du Second Empire bulgare y ont vécu. Il y a aussi une église aux fresques très intéressantes. Tarnovo a cessé d’être capitale lorsque le pays a été conquis par l’Empire ottoman. J’ai adoré Tsarevets, et Veliko Tarnovo en général."

PHOTO : École bulgare "Zdravey" à Skopje

Sa camarade Samira Sadiki résume l’expérience en trois mots : "Grandeur, savoir et inspiration, voilà ce qui décrit le mieux notre itinéraire éducatif."

PHOTO : École bulgare "Zdravey" à Skopje

En 2026, quinze élèves repartiront, cette fois à la découverte de la Bulgarie du Renouveau national, et assisteront à la récolte des roses dans la Vallée des Roses.

Car ici, le voyage est plus qu’une excursion. Il est promesse, exigence, motivation. Une condition pour revoir la Bulgarie, non plus seulement avec ses parents, mais avec ses amis.


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Version française : Svjetlana Satric