Auteur :
Tsvétana Tontchéva
Actualité
vendredi 6 mars 2026 19:35
vendredi, 6 mars 2026, 19:35
Guéorgui Guenkov (1929 – 2010)
PHOTO : ubc-bg.com
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Le compositeur Guéorgui Guenkov(né le 3 mars 1929) est parmi les artistes les plus brillants de la deuxième moitié du 20e siècle ayant le plus marqué le cinéma et le théâtre bulgare. Lauréat de nombre de festivals, il a écrit des chansons magnifiques et la musique de centaines de films et de spectacle. Les critiques voient en son œuvre et surtout celle destinée aux enfants, "un raffinement esthétique digne d’Oscar Wilde". Cela est dû peut-être à l’amitié proche et la collaboration artistique qui le liait au grand poète et traducteur Valéri Petrov. Les comédies musicales pour enfants signés Guéorgui Guenkov d’après des poèmes de Valéri Pétrov et l’opéra "Le Conte blanc" demeurent parmi les plus belles réalisations de ce genre en Bulgarie. Néanmoins, c’est le cinéma qui est sa plus grande passion artistique. Dans une interview accordée au journal Kultura il y a environ deux décennies, il avoue :
"Quand on tourne un film, l’équipe devient soudée comme une famille. La réalisation du film les fait vivre dans une surexcitation artistique permanente. Cela n’est pas le cas pour aucun autre art".Guenkov a composé la musique de 52 films de fiction, 120 films d’animation, 26 courts-métrages et 18 pièces télévisées.
"On reconnaît toujours son style dans tout ce qu’il a écrit malgré l’éclectisme de la dramaturgie sur laquelle il a travaillé", indique l’épouse du compositeur, la – metteuse en scène Bistra Atanassova en ajoutant que son écriture laisse apparaître "son sens de l’humour fin, son ironie subtile, sa poéticité délicate et tendre". D’après Atanassova, cette musique est un message adressé aux personnes sensibles.
Lada Boyadjieva (1927 – 1988)
PHOTO : jeni-bg-kino.com
La tendresse, la délicatesse et la sensibilité étaient également les traits les plus caractéristiques du compositeur lui-même qui indique avec sa modestieproverbiale : " Ma musicalité limitée, je l’ai reçue en héritage de ma mère… Elle a passé toute son enfance à Vienne où elle apprenait le piano. Elle a ensuite fait des études au Conservatoire de Prague. Une fois mariée et mère de trois enfants, sa vie passe en tristesse. Elle n’est plus qu’une mère au foyer. Cela aussi je l’ai hérité d’elle : mon enfance était accompagné d’un sentiment de mélancolie…".
Son amie l’écrivaine Rada Moskova se souvient de lui : "Il habitait une vielle maison dans le quartier "Lozenets". La moitié de l’espace était occupé par un énorme piano à queue, dans la compagnie ronronnante de quelques chats magistralement assis chacun son fauteuil recouvert de soie déchirée. Ces fauteuils, il les avait hérités de sa mère… de même que le regard bleu et la mélancolie discrète de ses mélodies. J’y voyais une nostalgie lumineuse et une amicalité aux yeux bleus qui rappelaient les intonations émanant de cette place dans sa vie qui restait discrète mais infailliblement reconnaissable..."
Image du film "Visa pour l'océan"
PHOTO : bnf.bg
C’est l’azur et la discrète mélancolie que l’on peut entendre dans "L’Etoile du marin" de Guéorgui Guenkov d’après les paroles du poète, dramaturge et traducteur bulgare Ivan Téofilov, ami intime du compositeur. Cette chanson fait partie de la bande originale du film Visa pour l’océan de 1975, réalisé par Lada Boyadjieva (1927 - 1988), la première femme du cinéma documentaire bulgare.
Boyadjieva a réalisé 54 films documentaires, de vulgarisation scientifiques et éducatifs, de même que des films publicitaires. Son film de fiction Retour, achevé en 1967 avec son mari, le réalisateur Yanush Vazov, ne sort sur les écrans qu’en 1989 car interdit par la censure. Il faisait référence aux camps de concentration soviétiques de l’époque stalinienne, une première pour le cinéma bulgare.
En 1974, LadaBoyadjievatourne ledrameromantique Visa pour l’océan. Le film narre l’histoire de deux personnes, un marin invétéré et son épouse qui l’attend sur la côte de Lagos (Nigéria). Ambitieuse et indépendante, la femme ne veut pas vivre dans une attente perpétuelle. Leurs retrouvailles révèlent les non-dits et les contradictions accumulés au fil des années. Cependant, tous deux restent fidèles à eux-mêmes : lui à son attachement à la mer et elle à sa quête de bonheur qui ne laisse pas de place aux compromis. Un amour s’en va. Les marins ont pris le large. On entend "L’étoile du marin" interprété par le timbre naturel et touchant de l’inoubliable Assen Kissimov. La chanson sur l’étoile du marin existe aussi dans une version orchestrale, mais elle est particulièrement émouvante avec l’accompagnement laconique à la guitare de Bojan Hadjiev.
Version française : Maria Stoeva
Chargé de publication : Maria Stoéva