Auteur :

Ivo Ivanov

Société

Actualité

La légende d’une Bulgare médiévale et le châtiment de sa lampe magique

samedi, 14 mars 2026, 13:30

La légende d’une Bulgare médiévale et le châtiment de sa lampe magique

PHOTO : archives

Taille de la police

La légende de la femme bulgare Ladika et le chevalier Milohnev apparaît pour la première fois dans la Bohême sous le titre "La Lampe magique", publiée dans un calendrier pour l’année 1838. Le premier éditeur du texte était sceptique quant à l’authenticité de ce récit datée du 13e siècle. Nombre d’historiens considèrent encore aujourd’hui que le narratif est un mélange de superstitions locales et tout ce qui était connu en Tchéquie sur l’histoire bulgare au 19e siècle. En 1987, la légende est republiée à Prague. Elle est intégrée à un recueil anniversaire du slaviste Zdeněk Urban qui a consacré tout son travail de recherche à l’étude des relations tchéco-bulgares.

Zdeněk Urban

PHOTO : archives

En bulgare, la légende a été publiée pour la première fois par le prof. Yordan Andreev dans la revue "Epoques" en 1993 sous le titre "Une histoire romantique du Moyen-Âge bulgare".

On ne connaît que très peu des Bulgares médiévales et le plus souvent ce sont des femmes de l'aristocratie

PHOTO : Ivo Ivanov

Le récit relate comment en retournant de la dernière, Cinquième croisade, un chevalier des troupes du roi André II de Hongrie окш reçu par une famille boyarde bulgare. Grièvement blessé lors d’une chasse, il fut guéri par la fille de Bogoris, son hôte. La jeune fille s’appelait Ladika. Son nom n’est pas le fruit du hasard car Ladika, tout comme Lada, veut dire "gentille" ou "bienveillante".     

Le chevalier tchèque voyait sur la lampe de Ladika des hommes qui dansaient un khoro magique. Ici - la représentation la plus ancienne de cette danse. 14e siècle, Monastère de Rila

PHOTO : Ivo Ivanov

D’après le récit, en soignant le chevalier blessé, elle tomba amoureuse de lui. Pourtant, après l’avoir séduit, en apprenant qu’elle attendait un enfant de lui, il s’enfouit. En se justifiant par la peur que lui inspiraient les mœurs païennes des Bulgares, Milohnev retourna en Bohême et épousa la fille d’un noble autochtone. Dans l’esprit des romans chevaleresques médiévaux, il fut puni de sa trahison par une lampe magique. De manière miraculeuse, la lucerne mystique poursuivait le chevalier en le punissant de l’honneur et la vie sacrifiés de Ladika. Après la fuite de l’amant infidèle, la jeune femme déshonorée fut tuée par sa famille à cause de son enfant conçu hors mariage.

Dans la société traditionnelle médiévale, Lada est la protectrice de la famille.

PHOTO : Ivo Ivanov

Cette histoire reflète la vision médiévale du rôle de la femme chez les Tchèques et les Bulgares. Lada est une déesse protectrice de la famille. Dans les sociétés traditionnelles, le pouvoir et le droit de décider reviennent aux hommes, détenteurs de l’épée et de la lance. Perçue comme plus faible, la femme est autorisée à se servir d’astuces, voire de magies, afin d’atteindre ses objectifs. Chaque écart de ces normes est considéré comme néfaste et puni. Si on fait preuve d’une certaine tolérance vis-à-vis des femmes, mères, filles et épouses de familles nobles, les lois demeurent implacables au sein de la noblesse. Une telle loi stipule la vengeance pour la mort injuste et surtout quand il s’agit d’une double mort, de la mère et de l’enfant.

Version française : Maria Stoéva

Chargé de publication : Maria Stoéva