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Sécurité ou manque à gagner: comment les Bulgares gèrent leur argent

mardi, 12 mai 2026, 13:05

Sécurité ou manque à gagner: comment les Bulgares gèrent leur argent

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"Nous disposons d’un système bancaire stable, d’un accès aux marchés européens et d’outils financiers performants, mais nous ne les utilisons pas suffisamment." Tel est le diagnostic porté sur la situation économique actuelle de la Bulgarie par Jacques Semizov, double lauréat du prix "Eurêka" pour ses travaux en économie, ancien auditeur de trois des plus grandes banques du pays et aujourd’hui actif dans le secteur de l’immobilier. 

Dans un entretien accordé à Radio Bulgarie, consacré à l’éducation financière, au climat des affaires et aux opportunités d’investissement, l’analyste dresse le portrait d’un pays aux fondations solides mais encore prisonnier de réflexes hérités de son histoire.

"Si l’on examine les données de la Banque nationale de Bulgarie, on constate que le secteur bancaire bulgare est extrêmement bien positionné au sein de la zone euro : forte adéquation des fonds propres, liquidité robuste et banques disposant de réserves importantes. La Bulgarie est clairement perçue comme une destination d’investissement disciplinée et prévisible, ce qui est favorable au financement de l’État, des entreprises comme des ménages", analyse-t-il.

Jacques Semizov

PHOTO : Archives personnelles

Selon le jeune spécialiste, il n’est qu’une question de temps avant que les investisseurs internationaux ne se tournent davantage vers la Bulgarie. Mais pour les particuliers, l’enjeu se situe ailleurs : dans un contexte inflationniste nourri par les crises géopolitiques mondiales, il devient indispensable de considérer les marchés financiers comme un instrument de diversification patrimoniale. "Chacun d’entre nous participe au commerce mondial, même sans en avoir pleinement conscience", souligne le spécialiste. Le véritable problème, poursuit-il, ne réside pas dans le manque d’opportunités, mais dans une culture économique façonnée par les traumatismes de l’histoire et les crises politiques successives. La confiance envers les actifs financiers se construit donc extrêmement difficilement", souligne Semizov et d'ajouter :

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"Le Bulgare reste traditionnellement conservateur et privilégie la sécurité. Les actifs les plus prisés demeurent les dépôts bancaires, l’immobilier et, dans une moindre mesure, l’or. Mais un paradoxe apparaît : les placements réputés les plus sûrs, en particulier l’immobilier et l’épargne bancaire, peuvent se révéler risqués à long terme, surtout dans un contexte de forte inflation. Dans ces périodes, l’argent perd tout simplement de sa valeur. Les faibles rendements des dépôts bancaires y contribuent, tandis que l’immobilier, contrairement aux idées reçues, n’est nullement un actif sans risque : il reste tributaire du marché, des taux d’intérêt et de l’évolution démographique du pays. C’est précisément ici que les marchés financiers prennent tout leur sens !"

S’appuyant sur les données de la Commission bulgare de supervision financière, Jacques Semizov observe néanmoins une progression des actifs détenus dans les fonds d’investissement, signe d’une évolution, certes lente, du comportement des investisseurs bulgares.Cette mutation concerne surtout les jeunes générations, plus enclines à prendre des risques, parfois avec excès. "Nombre d’entre eux abordent les marchés avec enthousiasme, dans l’espoir d’un enrichissement rapide, mais avec un déficit de connaissances, ce qui conduit souvent à de graves erreurs." Les générations plus âgées, elles aussi, gèrent fréquemment leurs finances de manière hasardeuse, estime-t-il, en raison d’un mélange de réflexes culturels et d’un déficit persistant de culture financière.

Jacques Semizov

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"Une grande partie d’entre nous ne dépense pas son argent de manière rationnelle, n’investit pas, ne planifie pas à long terme et n’utilise pas les outils financiers autrement dit, tout ce qui pourrait améliorer concrètement notre qualité de vie."

Pour l’analyste, le manque de culture financière entraîne inévitablement une stagnation des revenus personnels et une dépendance excessive à une seule source de revenus. D’où la nécessité d’un changement de modèle, qui doit commencer par l’éducation.

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Les économies développées offrent à cet égard un exemple révélateur : dans ces pays, un nombre croissant de ménages participe aux marchés de capitaux et bénéficie ainsi d’une diversification bien plus solide de ses revenus.

"Il n’y a même pas matière à débat : la corrélation est parfaitement claire. Une meilleure éducation financière favorise une citoyenneté plus affirmée, ce qui conduit inévitablement à une amélioration du niveau de vie et du climat social dans le pays. La Bulgarie ne souffre pas d’un manque d’opportunités, mais plutôt d’une incapacité à les exploiter. Nous avons un système bancaire stable, un accès aux marchés européens et des mécanismes financiers diversifiés ; la prochaine étape relève davantage de la culture : apprendre à penser à plus long terme, avec moins de fascination pour l’enrichissement rapide, davantage d’information, de curiosité et de confiance. Et s’il fallait résumer : la liberté financière ne commence pas avec plus d’argent, mais avec de meilleures décisions et une véritable prise de conscience."


Version française : Svjetlana Satric