Actualité
Le Conseil de sécurité bulgare condamne les frappes en mer Noire
La présidente Iliana Yotova : la guerre menée par la Russie en Ukraine a fortement dégradé la situation sécuritaire dans la région
mercredi 7 octobre 2026 21:22
mercredi, 7 octobre 2026, 21:22
PHOTO : BTA
Taille de la police
Le Conseil consultatif de sécurité nationale, réuni à l’initiative de la présidente bulgare Iliana Yotova, a fermement condamné les frappes de drones visant des navires commerciaux en mer Noire, les qualifiant de grave violation du droit maritime international. Il demande une enquête immédiate afin d’en identifier les auteurs. C’est ce qu’a déclaré la présidente à l’issue d’une réunion de cinq heures consacrée aux risques pour la sécurité en mer Noire et aux menaces potentielles pesant sur les infrastructures critiques de la Bulgarie dans le contexte de la guerre en Ukraine.
La réunion, la première du mandat présidentiel d’Iliana Yotova, avait été convoquée après l’incident survenu le 6 octobre dans la zone économique exclusive de la Bulgarie en mer Noire, où deux navires marchands battant pavillon étranger ont été touchés par des drones de combat.
Le Conseil consultatif de sécurité nationale a adopté une déclaration commune à l’issue de sa réunion du 7 octobre 2026
PHOTO : BTA
Selon la présidente, la guerre menée par la Russie en Ukraine a considérablement dégradé l’environnement sécuritaire dans la région de la mer Noire. Elle a notamment déclaré :
"Les incidents survenus mettent en évidence de sérieux défis pour la protection des infrastructures critiques. Ces menaces sont une conséquence directe de l’absence de perspective de règlement pacifique du conflit armé", a-t-elle déclaré. Il a été convenu de poursuivre la mise en œuvre des mesures adoptées par le gouvernement pour y faire face, ainsi que de procéder à une analyse du cadre juridique nécessaire à leur application.
Les participants à la réunion sont convenus de poursuivre la mise en œuvre des mesures gouvernementales destinées à contrer ces menaces et ont proposé une analyse du cadre juridique régissant leur application. Le Conseil a également formulé plusieurs recommandations à l’intention du gouvernement et du Parlement, adoptées à la majorité des trois quarts. Trois groupes parlementaires ont voté contre.
"Nous condamnons les attaques contre les navires commerciaux et demandons qu’une enquête permette d’en établir les auteurs", a déclaré Iliana Yotova.
Selon la présidente, la meilleure garantie pour la sécurité de la Bulgarie reste un cessez-le-feu immédiat. Sofia doit, a-t-elle ajouté, participer activement à ce processus et engager sans délai des consultations avec la Roumanie et la Turquie afin de coordonner les efforts visant à mettre fin aux attaques contre les navires commerciaux et à garantir la sécurité de la navigation en mer Noire.
Iliana Yotova a également appelé la Bulgarie à jouer un rôle actif dans les négociations afin de favoriser un consensus entre les six pays riverains de la mer Noire : la Russie, l’Ukraine, la Bulgarie, la Roumanie, la Géorgie et la Turquie.
Le Conseil préconise par ailleurs de renforcer la surveillance maritime grâce à l’utilisation de systèmes aériens sans pilote pour le renseignement et l’observation, ainsi que d’accélérer la modernisation des forces armées afin de se doter de systèmes antidrones capables d’une action cinétique, en étroite coopération avec l’OTAN et l’Union européenne.
Premier ministre Roumen Radev
PHOTO : BGNES
À l’issue de la réunion, le Premier ministre Roumen Radev a déclaré que la Bulgarie ne disposait pour l’heure d’aucun élément permettant d’attribuer avec certitude à la Russie les attaques contre les navires dans sa zone économique exclusive. Selon lui, l’origine des drones utilisés doit être établie sur la base de preuves concrètes et non d’hypothèses.
"Si l’on se fonde sur la nature de la cargaison et la direction dans laquelle naviguaient les navires, on peut logiquement considérer que le résultat profite à la Russie. Mais cela ne signifie pas que nous puissions affirmer que l’attaque a été menée par la Russie sans en avoir la preuve. Ce n’est qu’une hypothèse et, lorsqu’il est question de sécurité nationale, nous ne pouvons pas travailler sur des hypothèses", a-t-il déclaré.
Le Premier ministre a indiqué que le gouvernement proposerait une coordination avec la Turquie et la Roumanie et solliciterait également le soutien de ses partenaires américains pour examiner la zone touchée par les frappes.
Une attention particulière sera accordée au navire Able, qui est toujours à flot, afin de déterminer l’origine des drones, a précisé Roumen Radev. Il a ajouté que la Bulgarie avait saisi l’Agence européenne pour la sécurité maritime (EMSA) afin qu’elle examine gratuitement les débris du navire coulé et recherche d’éventuels restes de drones. "Ce n’est qu’à ce moment-là que nous pourrons déterminer de quel type de drone il s’agit et qui a mené l’attaque", a affirmé le Premier ministre.
Roumen Radev a souligné qu’à ce stade, aucune menace immédiate pour la sécurité nationale ne pouvait être établie, même si des risques existent. "Je ne peux pas dire qu’il existe une menace immédiate pour la sécurité nationale. Bien sûr, il y a des risques. Une guerre se déroule non loin de nous. Comme je l’ai déjà dit, elle étend son champ géographique et a atteint la zone économique exclusive de la République de Bulgarie. Mais, à ce stade, je peux affirmer qu’il n’y a pas de menace directe pour la sécurité nationale de la Bulgarie", a déclaré Roumen Radev.
Ivaylo Mirtchev
PHOTO : BTA
"Ce qui ressort clairement de la réunion du CCSN, c’est qu’il existe suffisamment d’indices d’une implication directe de la Russie dans le naufrage de l’un des navires", a déclaré le coprésident de "Bulgarie démocratique", Ivaylo Mirtchev, après la réunion. Il a ajouté : "Je ne me souviens pas que quiconque autour de la table ait exprimé des doutes sur le fait que la Russie soit derrière cette attaque."
Le député a également précisé que le texte adopté par le Conseil n’avait pas reçu le soutien de quatre formations représentées au Parlement : "Bulgarie démocratique", "Poursuivons le changement", le MDL et "Renaissance".
Stanislav Atanassov
PHOTO : BTA
"Le seul point sur lequel il n’y a pas eu de consensus est l’identification de l’agresseur, alors que celui-ci est parfaitement identifié." C’est ce qu’a déclaré aux journalistes Stanislav Anastassov, du groupe parlementaire du Mouvement pour les droits et les libertés (MDL), à l’issue de la réunion du Conseil consultatif de sécurité nationale.
Kostadin Kostadinov
PHOTO : BTA
Le parti "Renaissance" a appelé la Bulgarie à jouer un rôle de médiateur dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine, plutôt que de participer à des politiques qui, selon lui, encouragent les hostilités. Son chef, Kostadin Kostadinov, l’a déclaré à l’issue de la réunion du CCSN.
Nikolay Denkov
PHOTO : BTA
Nikolay Denkov, de "Poursuivons le changement", a insisté sur le vote concernant l’avis du CCSN et sur le fait que quatre des six groupes parlementaires s’étaient prononcés contre le document. S’agissant de l’attaque contre les navires, il a souligné que l’enquête devait aller à son terme avant que des conclusions définitives puissent être tirées. Selon lui, les participants au CCSN étaient unanimes sur la nécessité de mener l’enquête jusqu’au bout et de transmettre les informations recueillies aux autorités compétentes.
"Ce qui a également été évoqué au cours des discussions, c’est que l’important est de déterminer qui a réellement mené l’attaque. Celle-ci peut aussi avoir été menée avec des drones ukrainiens s’ils ont été interceptés et pris sous contrôle", a déclaré Denkov aux journalistes.
Boyko Borissov
PHOTO : BTA
Le groupe parlementaire GERB-UFD était représenté par le chef de GERB, Boyko Borissov, qui n’a fait aucun commentaire à l’issue de la réunion du Conseil consultatif de sécurité nationale.
PHOTO : BGNES
Ont participé à la réunion le président de l’Assemblée nationale, le Premier ministre, les ministres de la Défense et de l’Intérieur, les responsables des services de sécurité ainsi que les représentants des groupes parlementaires. Les avis et propositions du CCSN ont une valeur exclusivement consultative et délibérative. Ils visent à favoriser le consensus politique et à formuler des recommandations sur les questions stratégiques liées à la sécurité du pays.
Édition: Diana Tsankova et Eléna Karkalanova
Version française : Svjetlana Satric
Chargé de publication : Svjetlana Satric